Publié le par Hélène R. dans les rubriques Dérivations existentielles, Poésie, Prose

fatigue

De toute évidence des pensées me traversent qui me font du mal, elles ne cessent d’abonder sans entrer en résonance avec le réel ; quels sont ces lieux où ma conscience se projette ?
J’aimerais les stopper une à une pour les regarder en face, une à une je voudrais m’en approcher mais l’air soudain se bloque et me pèse, je ne peux respirer si je sais pour de vrai leur nature.
Qui je suis, si je suis, sont les maux qui m’empêchent de trouver l’équilibre.
Tu connais ça toi, l’impression de jouer la comédie, d’agir parce qu’il faut agir et que l’immobilisme tue ? La vie semble bien longue, et pourtant le temps passe et les années s’entassent insensées, entre élans et espoirs, en chutes désordonnées.
Je prie parfois le soir pour lutter contre la solitude, m’imposant de dormir, même sans fatigue, car le jour finit toujours par se renouveler. Et les erreurs commises petit à petit s’éloignent, sans jamais toutefois complètement s’effacer d’une mémoire contrainte par le sentiment de culpabilité.
Y a-t-il un sens à ce qu’on fait ?
Je ne veux pas me coucher, parce que j’ai peur de voir demain hors d’une continuité, demain ne sera qu’un nouveau grain tombé du sablier. Grain de sable insignifiant s’enfuyant de l’amer, promesse d’une avancée hasardeuse vers on ne sait quoi en fait.
J’ai beau prévoir mais les prédictions sont vaines. J’ai beau aimer mais l’amour dépend aussi de celui qui nous aime, et qui est-il cet autre quand je peine à me définir moi-même ?
À vide, avide, je suis d’avis que l’attente est le meilleur des remède, m’en remettant au destin et à tout ce qu’il contient de mystères. Enfant de l’Univers, je cherche ma place même si je sais qu’elle est ici et maintenant, que rien d’autre n’existe finalement que le présent, je me perds.
Et la fête, la musique et l’alcool ne m’enchantent plus autant qu’avant, je me prends à apprécier le silence, j’y trouve plus facilement mes vérités.
C’est un fatras, foutoir, un désir de rejet, le fantasme que parfois pour une heure, pour un jour, on puisse réellement cesser d’exister, n’être rien qu’un corps, non, même rien qu’une essence comme une fumée légère, un nuage, alors on pourrait s’évader.
Tic tac, tic tac, mais alors il serait temps d’écrire et de connaître enfin les mots qui te délimitent. N’en as-tu pas assez de fuir et de relire tes œuvres inlassablement inachevées ?
Mais comment faut-il faire lorsque les émotions immenses assaillent, dévorant l’énergie, ne laissant l’espace libre que pour les regrets ?
Vivre, faire, se nourrir, se déplacer, produire, écouter, et maintenir le sens malgré l’absurde ambiant.
Rire, profiter, se réjouir, partager, en dépit de l’inévitable méfiance.
C’est toute de même éreintant.